LES
PAUVRES
QUI SONT-ILS ET DE QUOI ONT-ILS BESOIN ?
Les personnes rencontrées font partie des plus pauvres parmi
les pauvres. Sans domicile ni famille, sans travail ni argent, ils
ou elles vivent seuls. Ils errent dans les rues ou les gares à
la recherche de nourriture dans les dépôts d'ordures ou
les restes des restaurants de rue. Vêtus des seuls vêtements
qu'ils avaient ou des tissus jetés, parfois même de simples
sacs de jute ou ... de rien du tout, ils ne désirent rien, acceptent
parfois un pantalon ou une chemise, mais ne les garde pas toujours.
Leur histoire est souvent vague ou inconnue. Il est très difficile
de savoir d'où ils arrivent, pourquoi ils sont là, s'ils
ont des projets futurs. Ils arrivent par un train et parfois repartent
par un autre le jour même, sans but. D'autres restent sur place
et vivent cette vie depuis 15, 20 ans ou plus. Certains ont été
mis à la rue il y a un mois ou deux et vont mourir dans une semaine
ou deux à cause de la tuberculose, le sida ou des plaies non
soignées depuis des semaines. Ils arrivent d'états voisins,
plus pauvres, attirés par l'illusion de la grande ville. Mauvaises
récoltes, affaires de racket, dettes, mais aussi peut-être
à cause de mauvaises affaires ou de vols, escroqueries, recherchés
par la police ou de quelques malhonnêteté qui a mal tournée.
Peu importe leur vie passée, leur vie est éphémère,
les rencontrer est "affaire de ce jour et non de plus tard",
demain ou la semaine prochaine. Les besoins, même anodins sont
parfois urgents et vitaux, ne supportant pas un "je reviens tout
à l'heure" : ils se déplacent constamment et souvent
ils ont disparus une heure plus tard. Ils sont ailleurs, ils n'espèrent
rien et n'attendent rien de personne. A nous de leur donner TOUT, tout
de suite !
recherche de nourriture dans les détritus
vieille femme aux abords du temple
Pourquoi
sont-ils là ? En général, les femmes ont été
chassées par leur mari ou leur belle-famille, les vieilles femmes
veuves ont été abandonnées par leurs enfants, les
handicapés mentaux et/ou physiques sont un poids pour la famille,
ils sont laissés à la rue pour survenir à leurs besoins
seuls. Ils auront peut-être plus de chance de survivre que de rester
avec les autres et mettre en péril le pauvre équilibre famillial.
La perte de travail (pas de chômage), un accident empêchant
de travailler, une cassure familliale, psychologique, peuvent être
la cause de leur présence dans la rue. De nombreux enfants vivent
dans les gares, ramassant les bouteilles d'eau laissées par les
voyageurs et qu'ils revendent au recyclage pour 50 ct ou 1 Rs. Ils vivent
en bande, plus ou moins bien. Les actions auprès d'eux est plus
complexes (ils arrivent à se nourrir, ils ne sont pas seuls ou
rarement, ils se droguent quasiment tous à la colle, ...) et il
est préférable de travailler avec des organismes en place
(par exemple Don Bosco). Pour tous ces gens, savoir s'ils ont fait les
efforts nécessaires pour s'en sortir ou non, s'ils ont cherché
leur pauvreté ou si elle a été subie, est une question
qui ne se pose pas ! Le but n'est pas de connaître leur vie ou de
la juger, ni même de prévoir une réinsertion.
Ce service est une aide ponctuelle, au jour le jour, une présence
humaine.
Dans
toute action il faut définir les besoins réels et connaître
leurs demandes, et non leur donner ce que NOUS, nous pensons utile.
Ces gens-là ne réclament rien, ne mendient même
pas. A leur contact, on se rend compte que c'est surtout une attention,
un regard, un geste qui leur est nécessaire. De la nourriture,
un soin, sont des gestes qui permettent le contact, mais sont bien souvent
secondaires. Il est évident que certains ont un réel besoin
de manger, de boire ou d'être soigné d'urgence. D'autres
montrent des petites blessures anciennes ou demandent un petit peu de
nourriture : à l'évidence, c'est pour qu'on s'occupe d'eux,
qu'on prenne un instant pour les écouter, les considérer.
Chaque cas est unique et il est important de prendre le temps tous les
jours d'observer l'évolution du moral ou de l'état de
santé de chaque personne. On ne peut pas s'occuper de tous, des
très pauvres et de ceux qui le sont moins. Il y a donc "sélection"
et le faire est une démarche très délicate, douloureuse
et qui remet en question tous les jours le sens du service. Un certain
nombre de volontaire permet d'être présent à des
niveaux différents, de toucher davantage de catégories
de pauvreté, mais c'est toujours difficile d'être là
pour tout le monde !
Tous les jours, il faut prendre le temps d'arpenter tous les coins et
recoins, toutes les plate formes, même vides, pour essayer de
n'oublier personne. Et si à tel endroit où nous ne sommes
pas allé il y avait vraiment quelqu'un qui avait besoin de notre
sourire, de notre passage ? Et si c'était sa dernier journée
de vie ... et que par notre "gestion du temps" de ce jour-là
nous avons préféré laisser de côté
la possibilité d'aider quelqu'un ? Les plus pauvres sont souvent
ceux qui se cachent, ceux qui ne cherchent pas les endroits les plus
visibles...! C'est pourquoi des circuits sont organisés, relativement
petits pour pouvoir les assurés régulièrement.
On ne peut pas rayonner partout, mais au moins là !
L'expérience
seule affine notre regard, c'est pourquoi un minimum de temps de service
est nécessaire, si possible avec une pratique antérieure
dans des centres d'organisations humanitaires.