LA SAINTE CROIX dans l'esprit de la Fraternité
En cette fête de la Ste Croix du Seigneur, il me paraissait
nécessaire de commencer à parler de la Croix.
S'agit-il bien de la Croix, d'ailleurs ? Ne serait-ce pas plutôt du crucifié
? Et par ce fait, le bois qui le porte est sanctifié par le sacrifice
unique et éternel du Christ.
En ce jour, nous contemplons cette Croix qui est élevée sur le
monde. Comme au moment de la Passion, la croix et son fruit divin dessus, cloué
et offert pour le salut du monde, sont élevés pour être
fichés dans la terre et être ainsi exposés. Ensemble ils
ne forment désormais plus qu'une seule image, celle de la Croix Glorieuse.
Peu à peu, les soldats hissent le bois, et les regards de tous se lèvent
en même temps, ceux de Marie, ceux de St Jean , de Marie-Madeleine, des
Stes Femmes, mais aussi des soldats romains païens, des juifs de toutes
les contrées venues en pèlerinage pour la Pâque, des prêtres
et grands prêtres du Temple, des Docteurs de la Loi, peut-être des
disciples, des apôtres qui se tiennent à distance, des habitants
de la ville, des non-croyants peut-être aussi. Le Christ est élevé
sur le bois de la croix pour être exposé aux regards de tous. Pour
la dérision, pour l'exemple, pour la punition, pour faire taire la Vérité,
pour protéger ceux qui ne veulent pas se convertir. Mais c'est aussi
pour accomplir les prophéties, récapituler toute chose, du ciel
et de la terre dans le Christ, pour le Salut du Monde, pour sa Rédemption
par le sacrifice de l'Agneau de Dieu, pour que la Mort n'est plus aucun pouvoir.
Sainte Croix qui nous oblige à lever nos yeux vers le ciel, vers le trône
du Dieu Vivant.
Quel grand et beau moment que cette élévation de la croix ! Nous
le vivons tous les jours dans le sacrifice de la messe lorsque le prêtre
élève aussi l'hostie et la coupe pour notre adoration. Ce moment
de "l'élévation", c'est le moment où le Christ
nous est montré aux jours de sa Passion, à ce moment exact où
il fut exposé aux regards de tous. De TOUS !
Non seulement pour les croyants, pour ses disciples, mais aussi pour le païens,
pour les non-croyants qui se trouvent là. L'écriteau désignant
le motif de la condamnation est écrit en hébreux, en latin et
en grec, c'est à dire dans toutes les langues communément employées
par les gens venus en pèlerinage du monde connue. Ces quatre lettres
que nous voyons sur les croix aujourd'hui : INRI, ne sont pas là pour
garder un élément historique de la crucifixion, mais bien pour
nous rappeler que ce crucifié est Jésus de Nazareth, roi des juifs.
Et que ce message est destiné à tous. Roi des Juifs ? Qui est
le roi des juifs dans la Bible. Outre les différents rois que le peuple
à voulu avoir pour "être comme tous les autres peuples",
il n'en existe qu'un pour le peuple d'Israël, le seul qui lui fut donné
:Dieu lui-même. Ainsi, lorsque nous voyons inscrit "Roi des Juifs",
étendons au monde entier la véritable royauté de Dieu.
Nous sommes le nouvel Israël et le peuple du Seigneur, et Lui est notre
Dieu. Reconnaissons donc dans cette croix la manifestation du Dieu Unique qui
livre à tous son Amour.
Mon Dieu, quelle grandeur dans cet instant. De même, nous pouvons contempler,
à la fin de l'adoration du Saint Sacrement, ce moment où l'on
retire l'hostie de l'ostensoir et qu'on le dépose délicatement
sur l'autel, puis qu'on le dépose avec tout autant de vénération
au tabernacle. N'est-ce pas là le moment où le très saint
Corps du Seigneur est déposé de la croix et qu'il est déposé
dans les bras de sa Mère ? Et n'est-ce pas aussi lorsqu'il est mis au
tombeau, dans le tabernacle de la terre ? Ces différents instants nous
sont rendus présents, réellement, chaque fois que l'hostie est
exposée, car c'est la présence réelle de Jésus-Christ
et son sacrifice est unique dans le temps et l'éternité.
Le Christ s'est fait péché pour prendre tous nos péchés
sur lui et les clouer, par lui et avec lui, sur le bois de la croix. Combien
nous pouvons pleurer sur nos fautes, sur nos péchés, car le Saint
des Saints s'est fait humble et le plus pauvre de tous, uniquement pour nous
enlever ce poids qui nous condamnait. Combien nous pouvons adorer ce Corps livré
et ce Sang versé qui s'offrent à nos regards, car c'est l'Homme
Nouveau qui nous est montré. Non pas celui de Nietshe* qui exalte un
homme sans Dieu, mais bien Dieu qui a tant aimé les hommes qu'il s'est
fait homme pour l'élever. Par son Ascension, l'Homme Nouveau, le Nouvel
Adam est assis à la droite de Dieu, le Christ l'a assumé jusque
dans ses plaies lumineuses de la Passion. Ecce Homo ! Voici l'Homme, dit Pilate,
et il prophétise car c'est bien l'Homme, celui de l'Humanité,
le Fils de l'Homme qui est là. Et cet être nouveau, tout donné
et abandonné à Dieu, obéissant au Père, est exposé
à tous pour que tous le voient. Voici l'Homme, le visage de l'homme tel
que Dieu l'a conçu. Et le voile du Temple se déchire, car Dieu
n'est plus caché, il est là, sur le Golgotha, les bras ouverts,
s'offrant entre les mains des hommes pour être aimé ou pour être
haïs, mais librement livré aux hommes. Le voile de Véronique
nous montre que le visage de l'homme nouveau n'est pas celui que l'on croyait.
C'est un visage souffrant, "qui n'a plus apparence humaine", frappé,
humilié sous les crachats, couronné d'épines. C'est cet
homme là que nous montre le Christ. Le nouvel homme ne serait-il que
souffrance ? Mais qui pourrait alors vouloir devenir ainsi ? Et jésus
de nous répondre : celui qui veut être mon disciple, qu'il renonce
à lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive. Ce n'est pas
pour la douleur que nous le suivrons, mais uniquement, et rien de plus, que
pour l'Amour. Les conséquences de l'amour peuvent conduire à la
souffrance et à la croix, mais c'est avant tout une croix qui signifie
le don de soit, le don total, parfait, par amour pour ses amis. "Il n'y
a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis". Et l'amour,
s'il est vrai et profond, doit conduire à devenir une blessure pour l'autre.
Si l'autre souffre, nous devons souffrir avec lui, car notre coeur ne peut que
s'offrir à la douleur de l'autre, quelle qu'elle soit.
Au
pied de cette immense croix, se trouvent les pauvres. Tous ceux que le
Christ appelle les pauvres, ceux dont il parle dans les béatitudes.
Cette croix qu'est le Christ est immense. Non pas par ses mesures, mais
parce qu'elle emplit l'univers de sa gloire, parce qu'elle s'étend
au monde entier par le sacrifice éternel du Christ. Et les pauvres
sont assimilés, malgré eux, ils sont assumés par
cette croix. Tout homme dans la souffrance, la pauvreté, l'humilité
se trouve au pied de cette croix. Jésus se fait le plus pauvre
des tous pour que tous les pauvres, même les plus petits, puissent
être servis par lui et être aimés au même titre
que les autres. Bien plus, qu'ils soient élevés avec lui,
relevés, glorifiés, car dans la croix, c'est l'homme qui
se trouve transfiguré et racheté, c'est le plus pauvre qui
est bafoué et rejeté par les hommes, mais qui est chérit
et invité à prendre la première place avec le Christ. *Nietshe "Ainsi parlait Zarathoustra" |
![]() La Croix sur le Golgotha, dans le St Sépulcre à Jérusalem, lieu de la crucifixion de Jésus. |
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septembre 2006, veille de la fête de la Croix Glorieuse.
Rajaramtala – Howrah Calcutta.
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